Depuis une vingtaine d’années, il n’y a pas de vrai débat politique sur l’éducation dans ce pays : ni le parlement ni les candidats aux différentes élections majeures n’ont présenté de vraies propositions dans ce domaine depuis longtemps. Ceci est d’autant plus paradoxal que les réformes continuent à se succéder et que l’éducation reste un sujet très polémique. En fait, cela signifie que la plupart des réformes dans le secteur éducatif sont depuis longtemps élaborées et lancées sans mandat politique préalable !
De fait, aujourd’hui le contrat moral entre le pays et son école est tout sauf clair, ce qui n’est pas pour rien dans les nombreux malentendus ou ressentiments entre les parents, les élèves, les enseignants, les administratifs, le ministère, etc.
Militant de gauche investi depuis de longues années dans le domaine éducatif (sans être enseignant), j’ai écrit récemment quelques lignes qui plaident pour “remettre de la politique” dans la politique éducative, en forme de contribution pour le congrès du PS 1.
Je met donc ce texte en ligne, en format PDF, plus facile à lire et imprimer pour les curieux : Un projet de gauche pour l’école .
Pour résumer, j’y traite de la scolarité obligatoire et je défends l’idée d’une école unique pour tous, avec intégration individualisée, contre la tendance dominante à différencier les filières et les parcours en fonction des “aptitudes” supposées de chacun. C’est une ambition de gauche, car on sait très bien que, contrairement au mythe de l’égalité des chances, ce sont massivement les enfants des cadres et professions intermédiaires qui se retrouveront à la fin dans les “bonnes filière” , et les enfants des ouvriers et employés dans les filières de moindre prestige.
Écrit comme cela, cela peut paraître comme une évidence, mais c’est loin d’en être une dans la tradition hexagonale, où l’on a bien du mal à concilier la diversité des élèves avec la scolarité commune. En France, scolarité commune signifie la plupart du temps “le même cours pour tous”. Si des élèves ne “suivent pas”, ce qui est bien évidemment toujours le cas, on réclame au mieux un soutien particulier “à part”, voire une filière séparées pour laisser les “bons” continuer tranquilles (voir aussi le résumé que je fais sur ce site d’un des ouvrages qui m’a inspiré sur le sujet).
Dans d’autres pays, on a concilié l’idée d’accueillir des publics “hétérogènes” (comme on dit dans le jargon EducNat ) avec une diversification de l’enseignement à l’intérieur de la classe commune. Cela demande un peu d’efforts et un peu de moyens supplémentaires, mais tout le monde est gagnant à la fin, puisqu’on n’a pas à payer des redoublements ou de la casse sociale et ses conséquences. Puisque tout le monde parle de la Finlande, je vous invite d’ailleurs à jeter un oeil sur cette lecture.
- Je ne sais pas trop comment s’organisent les contributions formelles mais de toutes façons, à l’heure d’internet, les idées circulent facilement ↩
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juin 13th, 2008 at 12:37
Avez vous remarqué comment sont stigmatisés les “bons” élèves actuellement ? Je ne sais pas si vous vivez dans le même mode que moi, mais j’ai plutôt souvenir où il était de bon ton, au sein d’une classe de ne pas trop se montrer bon, quitte à “tourner au ralenti”. C’est une utopie de dire je cite “l’enseignement après 16 ans (ou 18 ans) restera le moment où les parcours des uns et des autres se séparent et où une différenciation s’opère”, la séparation a lieu bien plus tôt dans le monde “réel” que vous semblez ignorer. Pourquoi garder une ligne aussi arbitraire (à 15 ans 11 mois et 30 jours, tous pareil, à 16 ans, on peut se différencier)? Non, il faut prendre en compte ces différences, que j’appellerais spécificité, le plus tôt possible. Quelle difficulté pour un enseignant pour justement gérer cette sacrosainte hétérogénéité que vous souhaitez, et quel fardeau pour ceux qui la vive !
Je sais une chose ne tout cas, que trop longtemps, la droite a laisser à la Gauche le modèle éducatif, et on voit le résultat: C’est un échec ! A trop vouloir pousser et niveler par le bas, on se retrouve avec des personnes avec le bac et qui n’en on pas le niveau.
Enfin de grâce arrêtez avec vos notions de classe sociale liées à la réussite scolaire. Ce n’est pas parce qu’on vient d’un milieu aisé que l’on réussira plus, c’est faux. Sinon comment expliquer les différences parfois énormes au sein d’une même famille ?
Sans remise en cause aucune, et j’insiste sur ce point, ce n’est pas une pique, mais une pure curiosité : Quel a été (ou est si c’est encore d’actualité), et quel est votre investissement dans le domaine éducatif ?
juin 13th, 2008 at 14:03
@ Aurélien
La ligne arbitraire autour de 15 ans, c’est tout simplement la fin de la scolarité obligatoire. Et si on fixe une scolarité obligatoire, c’est bien qu’il y a un objectif de formation de tous les citoyens derrière ça. D’ailleurs, je crois me souvenir que certains, à droite, voulaient rabaisser la date de fin de cette scolarité obligatoire.
Quinze ans, c’est aussi l’âge retenu par le consortium OCDE “PISA” qui, depuis 2001, effectue la plus importante enquête internationale d’évaluation des acquis des élèves. Et l’OCDE, je vous prie de me croire, n’a pas pour habitude d’être un laboratoire gauchiste.
Je ne sais d’ailleurs pas où vous avez trouvé cette idée que la droite a laissé le modèle éducatif à la gauche, puisqu’en matière de collège “unique”, par exemple, la France a été un des derniers pays à le réaliser timidement (et mal), des années après les Etats-Unis (”common school, comprehensive school”), le Japon ou les pays du Nord de l’Europe.
Sur la réussite liée à l’origine sociale, je suis assez désolé d’invoquer l’argument d’autorité issu de toutes les statistiques et recherches existantes qui montrent effectivement que le destin scolaire est largement prédictible à partir de l’origine sociale. Regardez par exemple quelques tableaux de l’Observatoire des inégalités. Prédictibilité ne veut pas dire automaticité : c’est une probabilité statistique. Heureusement que les destins individuels échappent parfois à la loi majoritaire !!!
Enfin, concernant mon investissement dans le monde éducatif, il est ancien et varié. Disons, pour faire court, que j’ai été notamment militant étudiant à l’université, journaliste spécialisé sur les questions universitaires (dans le privé), conseiller au cabinet d’un Ministre de l’Éducation (Allègre), chargé de mission à l’agence de modernisation des universités et actuellement chargé de veille scientifique dans le domaine de la recherche en éducation dans un établissement public national .
Si je m’inspire bien évidemment des données et analyses que j’ai eu l’occasion de connaître au niveau professionnel, les propositions que je développe dans cette contribution sont en revanche des opinions personnelles, qui ne sont d’ailleurs pas partagées par tous les militants de gauche, loin de là, contrairement à ce que vous insinuez ! C’est bien pourquoi j’apporte ma modeste pierre à ce débat, car je pense qu’en l’occurrence, ces idées sont minoritaires dans notre pays.