De quelques questions de leadership au Parti socialiste

Congrès du PS, Politique Viennoise Ajouter un commentaire

Alors que François Hollande passe à Vienne ce dimanche 8 juin, à l’occasion de la fête de la Rose à Gémens (ouverte à tous, d’ailleurs), j’en profite pour évoquer quelques questions de leadership à Vienne comme au niveau national. Dans les deux cas, hélas, le débat sur les “têtes” est trop souvent un bon moyen d’esquiver un débat sur le “fond” des politiques publiques.

Laignel ou Binet à Vienne ?

A Vienne, la question de savoir qui de Laignel ou de Binet sera le vrai “chef” des socialistes viennois agite beaucoup la droite locale et au-delà. Disons-le tout de net : j’estime pour ma part que c’est une chance pour la gauche d’avoir deux jeunes “leaders” et que rien ne serait plus stupide que de chercher la prééminence de l’un sur l’autre. Pourquoi la gauche devrait-elle reproduire les querelles intestines de la droite, à l’image de la rivalité Kovacs-Remiller qui a agité l’UMP, ou reproduire le cumul des mandats député-maire ? Le partage des candidatures pratiqué depuis trois ans à gauche est au contraire un atout à long terme, d’autant plus qu’Erwann et Sylvain sont deux personnalités complémentaires car très différentes. Quel est en effet le profil de chacun ?

IMG_3442.jpg Viennois depuis sa tendre enfance, Sylvain Laignel est passionné par les affaires locales, ce qui explique sa candidature aux cantonales en 2004 et aux municipales en 2008. Solidement ancré à gauche, on le dit plus “social-démocrate”, comme a pu l’incarner Dominique Strauss-Kahn, que moderniste à la sauce Royal, mais il goûte peu les querelles de courants internes au PS. C’est un socialiste de culture et de conviction plus qu’un homme d’appareil. Même s’il a su se révéler orateur dans les meetings comme lors des débats médiatiques à l’occasion des municipales, il excelle dans le contact informel sur le terrain, dans le porte-à-porte avec les habitants. Très loin des “bobos” urbains, ce chef d’entreprise du privé qui réside à Malissol est plus à l’aise dans les rues de Vienne ou les tribune du stade Etcheberry que dans les réceptions mondaines. Désormais leader de l’opposition au conseil municipal, il entend bien poursuivre sur la dynamique de la campagne municipale.

S’il partage avec Sylvain une affabilité naturelle et un certain humanisme, Erwann Binet a été initialement d’abord motivé par la politique en général. D’origine bretonne, c’est quand il était étudiant en droit que la passion pour les affaires publiques s’est révélée, jusqu’à l’amener à devenir assistant parlementaire de Louis Mermaz à la fin des années 90. Aux côté de celui qui est alors député-maire de Vienne, il découvre les dossiers locaux et se confronte aux réalités de la vie publique, avant de devenir ( à partir de 2002) agent territorial. Animateur de la section du PS de Vienne, partisan de S. Royal lors des primaires pour la présidentielle, il gagne en notoriété lors de la campagne législative de 2007 et obtient ses premiers mandats ce printemps en devenant conseiller général du canton de Vienne-Nord et conseiller municipal d’opposition à la mairie de Vienne. Vice-Président du conseil général de l’Isère1, il est apprécié par A. Vallini dont il est proche dans la fédération socialiste de l’Isère.

On voit donc bien que Sylvain et Erwann ont des personnalités, des compétences et des positionnements qui ne sont pas de même nature. Au vu du nombre d’enjeux à relever dans la région viennoise, disposer de deux leaders ainsi complémentaires n’est pas un luxe. Tout autre raisonnement ne pourrait relever que de manoeuvres d’appareil incompréhensibles et injustifiables. Pour ma part, en tout état de cause, je ne vois aucun intérêt ni à les opposer ni à les hiérarchiser, quand bien même je ne partagerai pas les choix “nationaux” d’Erwann par moments (j’avais voté pour DSK lors des primaires au sein du PS).

Quel successeur à François Hollande ?

Au PS, la question est plus claire, puisque le congrès de cet automne devra choisir une majorité et un premier secrétaire en son sein.

F. Hollande avait hérité du Parti forgé par Mitterrand puis par Jospin. Ce bon connaisseur de football s’est avéré parfaitement capable de gérer le PS dans la continuité de 1997 à 2002, mais n’a pas réussi à le renouveler. Un peu comme Roger Lemerre, sélectionneur de l’équipe de France après Aimé Jacquet. Bon orateur, caustique, et fin analyste, Hollande a en permanence bétonné en défense au prix de majorités “molles”, préférant toujours temporiser que percuter, sans pouvoir éviter un gros écartement des lignes suite à la déchirure du réferendum sur le traité européen. L’équipe était à bout de souffle, Il était plus que temps qu’un nouveau cycle s’enclenche.

La qualification ira à ceux qui la jouent collectif

Depuis un an, beaucoup pronostiquaient que cette échéance se résumerait à un affrontement des candidats potentiels aux présidentielles. Les développements de ces dernières semaines montrent que les choses ne sont pas si simples. En fait, plein de signes indiquent qu’une grande majorité des militants n’ont pas du tout envie de réduire le congrès à un duel de petites phrases et un affrontement de listes de signataires. A ce stade, je ne sais pas qui seront les gagnants, mais je parierai volontiers que Royal et Delanoë accusent déjà un gros coup de fatigue, la faute à un démarrage médiatique inversement proportionnel à l’originalité des idées présentées. Ça tripote beaucoup la balle, mais ça reste très loin de la zone décisive. Pour continuer à filer la métaphore fooballistique, ils me font penser à l’équipe de France 2002 qui jouait déjà la finale dans sa tête alors qu’elle n’avait pas passé le premier tour.Vote au congrès du PS

Beaucoup attendent plutôt que sorte de ce congrès une majorité qui ancre le Parti sur un axe réformiste mais sans équivoque à gauche et remette tout le monde au travail.

Sur l’aile gauche, déjà, il y a une proportion non négligeable de militants qui se reconnaissent dans les positions développées par exemple par Emmanuelli ou Hamon, voire par Mélenchon, même si dernier se met parfois à la limite du “hors-jeu”. Ils se doutent qu’ils ne constitueront pas le centre de gravité du Parti, mais demandent au moins à pouvoir jouer leur partition avec une majorité qui respecte leur identité et un certain nombre de “fondamentaux”. Ils regardent par conséquent plutôt vers les tauliers du milieu de terrain.

Au centre du PS, divers courants et sensibilités partagent en effet pas mal d’idées sur ce que pourrait être une gauche à la fois moderne et réformiste. Une gauche qui ne se contente pas d’accompagner le libéralisme à la façon anglaise, ou de rêver d’improbables recompositions à la façon italienne. De Cambadélis à Bartolone, de Moscovici à Aubry, ou de Montebourg à Dray, ils ne sont sans doute pas tous d’accord sur les moyens de procéder et nul doute que certains pensent qu’un tel aujourd’hui ou un autre demain serait le mieux placé pour incarner cette démarche.

La plupart ont en revanche tiré les leçons de certaines erreurs passées et semblent avoir choisi la voie du collectif plutôt que d’entretenir jalousement leurs rivalités de boutiques. Alors, sauf s’il s’en trouve là-dedans pour succomber à nouveau aux délices du jeu “perso”ou qu’un gros transfert estival vient bouleverser les équilibres, je parierai bien que c’est dans ce groupe de noms qu’on a celui du futur premier secrétaire…

  1. en charge du développement économique et de la recherche

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4 commentaires to “De quelques questions de leadership au Parti socialiste”

  1. William Dit:

    Pour bien connaître les deux, je pense sincèrement que le PS viennois ne peut que se réjouir d’avoir à sa tête deux personalités qui se complètent bien. Si Erwann possède les compétences pour les dossiers complexes et la connaissance des lois, Sylvain est proche des viennois (surtout au niveau des jeunes). Je ne suis pas membre du PS (et je suis si bien au PC!!!!) mais pour travailer avec les deux de manière plus ou moins régulière, je peux vous dire que tous les deux ont un réel sens du partenariat et savent où ils vont (contrairement à ce qu’on peut voir à Paris mais je vous rassure au PC avec l’approche du 34° congrès c’est le même bazar). A nous, militants ou responsables locaux de ne pas tomber dans le piège de la lutte de presonne et place à la lutte d’idées et de conception du changement!!!

  2. Mourad Dit:

    Deux remarques pour ton billet.
    Ce que tu appelles la gauche du PS, ce serait plutôt la droite du PS puisque c’est celle qui court derrière le Modem dont elle se sent proche.
    Dire que Mélenchon se met parfois à la limite du hors jeu n’est pas juste dans la mesure ou il est le seul à clamer tout haut ce que beaucoup de militants pensent tout bas.
    Si souhaiter une “gauche réformiste” veut dire courir après le centre pour rendre le libéralisme plus humain, la gauche n’est pas prête à reprendre le pouvoir mais si cela signifie revenir aux vraies valeurs de la gauche, alors là je dis “oui ” à une gauche réformiste.

  3. Olivier Rey Dit:

    J’ai pas trop compris ta première remarque. J’appelais la gauche du PS Emmanuelli et consorts, qui ne courent pas derrière le MODEM (ou alors j’ai vraiment mal compris) !?

    Sur le “hors jeu”, c’était en même temps pour continuer la métaphore footballistique (je suis branché Euro en ce moment…) et pour faire allusion au fait que Mélenchon a souvent évoqué ces derniers temps la perspective d’aller voir ailleurs qu’au PS, dans l’idée d’un nouveau parti de gauche style Die Linke (initiative d’Oskar Lafontaine en Allemagne) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oskar_Lafontaine

    Pour le reste, le débat reste ouvert !

  4. Mourad Dit:

    Excuses moi, il fallait lire le centre du PS au lieu de la gauche du PS. Je pense que ceux que tu classes au centre du PS sont plutôt à droite du PS.

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