L’aberration de la semaine de quatre jours dans l’école primaire

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Ce gouvernement adepte du “travailler plus pour gagner plus” et pourfendeur du laxisme soixante-huitard a paradoxalement décidé de supprimer deux heures hebdomadaires en moyenne d’enseignement à  l’école primaire, ce qui à Vienne se traduira par la suppression des cours le mercredi matin dès la rentrée 2008. Étudier moins pour savoir plus, il fallait y penser ! Merci monsieur Darcos !

Il y a encore quelques jours, on ne savait toujours pas comment allait s’organiser la nouvelle année scolaire avec ces modalités, et notamment le fameux “soutien scolaire” aux élèves en difficulté censé remplir les deux heures supprimées. Les collectivités locales également étaient dans le brouillard, alors que les répercussions sont énormes pour elles : centres de loisirs, garderies, études, ouverture des locaux éducatifs, emplois du temps des agents municipaux affectés aux écoles, etc.

Belle pagaille en perspective !

Quant aux parents, si la mairie de prend pas le relais, il faudra se débrouiller pour le mercredi… mais aussi pour certains le samedi voire le dimanche, car, comme l’a expliqué encore Nicolas Sarkozy lors de sa récente visite par chez nous, il n’y a pas de raison que ceux qui “veulent” travailler le week-end ne puissent pas le faire !

En tout état de cause, si on voit à peu prés les économies que va faire l’État en heures d’enseignement, les collectivités locales elles vont sans doute devoir encore compenser par derrière…

Mais sur le fond, le vrai débat porte sur le rythme des élèves, car il faudrait quand même un jour qu’on pense d’abord à l’intérêt de l’enfant dans ces histoires de rythme scolaire.

Les études scientifiques internationales concluent généralement que plus le temps d’exposition aux “apprentissages” est important, plus les progrès des enfants sont importants. L’important n’est pas d’ailleurs les “heures d’enseignement” au sens strictement scolaire, mais aussi toutes les activités éducatives. On ne peut que constater que notre Ministre n’a pas engagé grande réflexion en la matière…

Faisons ici justice d’un argument idiot avancé par le gouvernement : les finlandais, qui ont de bons résultats aux évaluations internationales, auraient des emplois du temps moins chargés. D’une part, je serais curieux de voir le gouvernement appliquer le même raisonnement sur les 35 heures. D’autre part, une telle comparaison relève du café du commerce, au mieux, si l’on ne prend pas en compte la façon dont est organisée la journée, les disciplines enseignées (une heure de maths n’est pas un heure de sport), etc. Ou alors, autant dire que si les finlandais mangent du hareng, il faut mettre du hareng dans toutes les cantines scolaires pour avoir les mêmes résultats…

Le problème que pose surtout la semaine de quatre jours n’est pas tant celui du volume global d’heures d’enseignement que celui de leur répartition sur la semaine et dans la journée. Si les horaires des élèves français sont trop chargés, c’est parce-qu’ils ont des journées et des semaines trop déséquilibrées… ce que va aggraver la semaine de quatre jours !

Le passage à la semaine de quatre jours est en effet une stupidité du point de vue de l’apprentissage des élèves, comme il était souligné  par exemple l’automne dernier sur le site du Monde par F. Testu, universitaire et spécialiste des rythmes scolaires, qui vient de sortir un ouvrage sur le sujet.

En premier lieu, plus la coupure est longue, plus le temps de remise à l’apprentissage est long. Après un long week-end, les enfants ont du mal à retrouver leur concentration le lundi matin voire au-delà. Le fait est particulièrement sensible pour les enfants qui sont livrés à eux-mêmes durant leur temps libre. Or si le mercredi, des activités sont plus ou moins organisées à l’initiative des municipalités par exemple, le week-end c’est davantage de la responsabilité des parents.

Inutile de tourner autour du pot : on sait très bien quels sont les enfants qui vont trinquer, ceux dont la famille n’a pas les moyens d’organiser des activités pour de multiples raisons et dans lesquels on rencontre une bonne part de ceux qui souffrent de difficultés scolaires.

Et ce n’est pas un peu de soutien scolaire qui va compenser, car TOUTES les études internationales qui se sont penchées sur la question ont conclu que la seule formule efficace pour aider les élèves en difficultés c’est l’individualisation de l’enseignement et non pas le fait de les mettre “à côté” des autres pour tenter de leur faire rattraper leur retard.

Mais évidemment, nos grands réformateurs de l’UMP sont toujours plus malins que les autres… Rendez-vous pour constater les dégâts dans quelques mois…

Annexe

Voilà ce qu’écrivait F. Testu en 2001 (Revue Enfances, n°13, pages 67) :

La mise en place de la semaine de quatre jours, non seulement ne respecte pas les rythmes journaliers de l’activité psychologique, physiologique et physique de l’élève, mais surtout, elle génère la fatigue et le surmenage. Chez certains, elle contribue à l’inadaptation à l’école. La semaine de quatre jours « secs », sans une politique socio-éducative d’accompagnement, ne fait qu’accentuer et allonger les effets perturbateurs du week-end sur l’adaptation à la situation scolaire. Dans la semaine classique de quatre jours et demi, la coupure du week-end se répercute le lundi et également le samedi matin. Cela se traduit par une désynchronisation des rythmes biologiques et psychologiques habituellement observés les autres jours, désynchronisation qui est source de fatigue, de moindre performance scolaire et de désintérêt

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5 commentaires to “L’aberration de la semaine de quatre jours dans l’école primaire”

  1. Jérôme Munier Dit:

    A ces arguments j’en rajouterais un : les assistantes maternelles viennoises sont toutes très inquiètes car elles vont devoir garder tous les “périscolaires” (les enfants qu’elles gardent en dehors du temps scolaire). Et cela aura un impact sur la garde des plus petits obligeant certains parents à ne plus travailler le mercredi matin pour libérer des places chez les nounous… Certains appelleraient cela des “dégâts collatéraux” !

  2. Olivier Rey Dit:

    Antoine Prost vient de publier un excellent article sur la question dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/05/28/un-munich-pedagogique-par-antoine-prost_1050752_3232.html

  3. estebanpino Dit:

    Nous allons en Deux-Sèvres demander la dérogation pour travailler ts les mercredis matins prenons ce pauvre gouvernement au mot!

  4. Olivier Rey Dit:

    Cher(e) estebanpino, vous pouvez préciser ce que vous faites dans les Deux-Sèvres ?

  5. Olivier Rey Dit:

    Une pétition sur cette question vient d’être lancée à l’initiative d’Antoine Prost, qu’on peut consulter et signer sur le site des cahiers pédagogiques.

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