Bertrand Delanoë, Lionel Jospin et plusieurs de leurs proches viennent de publier un appel en vue de préparer le congrès du PS. Fidèles à leur tempérament, ils ont produit un texte sérieux et structuré, mêlant diagnostics et propositions. La démarche est plus intéressante que celle de Ségolène Royal, qui a lancé un débat sur de grands thèmes, mais sans avancer de propositions pour le moment. Or, j’attends de nos leaders qu’ils se comportent d’abord en émetteurs d’idées et pas uniquement en experts qui se proposent de réaliser la synthèse après une sorte de consultation tous azimuts. Ce qui ne signifie pas que les idées émises sont inintéressantes, mais faire de la politique, c’est indiquer une direction, arbitrer, choisir des priorités, et si nos dirigeants présents ou potentiels ne le font pas, alors qui ?
Je ne peux néanmoins que m’avouer un peu déçu par le manque de souffle de l’appel de B. Delanoë. On ne peut pas en même temps affirmer que le congrès de novembre prochain doit marquer une étape stratégique à l’image d’Epinay 71 et ne proposer qu’une sorte de programme gouvernemental. Certes, ce n’est qu’un appel, une annonce de démarche, et non pas une proposition d’orientation. Il n’empêche, je n’arrive pas à voir la vision un peu mobilisatrice escomptée.
J’attends en effet que le principal parti de la gauche propose aux militants puis aux citoyens une perspective plus claire et plus offensive sur de nombreux points essentiels.
Comment, par exemple, définir la gauche réformiste en ce début du 21° siècle, entre les différents “profils” qui se dessinent dans les différents pays démocratiques ?
Avec ce qui se passe en Grande Bretagne, en Italie, en Espagne, en Allemagne voire aux Etats-Unis, on sent bien qu’il y a une hésitation entre plusieurs chemins possibles.
Le Labour anglais ou le Parti démocrate italien semblent avoir plutôt choisi de faire un parti de la modernité, où l’attention à l’équité sociale est surtout conçue comme un moyen d’assurer la priorité donnée à l’efficacité économique et la liberté individuelle. Dans ce cadre là , l’idée de contradictions d’intérêts entre groupes sociaux est secondaire au regard de l’image d’un parti porteur d’une rationalité “d’intérêt général”, à base de valeurs humanistes. L’objectif est d’abord de mettre de l’huile dans les rouages d’une société qu’il ne faut surtout pas bloquer.
Les espagnols et, jusque là , les français, semblaient plus attachés à attribuer un rôle toujours central aux contradictions entre les détenteurs des richesses économiques et culturelles et ceux qui doivent toujours conquérir “leur part” de ces richesses, même si les classes sociales n’ont plus le rôle structurant qu’elles pouvaient avoir il y a quelques années. Pour eux, la transformation de la société impliquait une intervention publique qui arbitre clairement en faveur de certaines catégories sociales contre les pouvoirs naturellement dominants.
Répondre à cette interrogation ne nécessite pas seulement de juxtaposer ce qui nous semble à la fois juste et réaliste dans chaque secteur de politique publiques, mais aussi de tracer un horizon général qui transcende la gestion quotidienne et permet de procéder à des arbitrages nets, y compris pour modifier les rapports de force dans l’opinion sur telle ou telle question.
Plus trivialement, il ne s’agit pas, par exemple, de se demander seulement si la taxe d’habitation doit être calculée en fonction de tel ou tel critère, mais de dire clairement quelle place on réserve à l’impôt, quelle proportion de redistribution on veut lui faire assumer pour rééquilibrer le partage des richesses, afin de mener sur cette base une vraie bataille de conviction. Sinon, on trouvera toujours toutes les raisons conjoncturelles pour ne rien modifier, car, dans nos sociétés actuelles, ceux qui n’ont rien à gagner de réformes en la matière seront toujours plus influents que les autres ! Un jour parce-qu’il ne faut pas faire peur aux entrepreneurs, un autre parce-qu’il ne faut pas décourager les classes moyennes, etc.
Pareil en matière d’éducation. L’urgence, pour la gauche, n’est pas de se demander s’il faut un peu plus d’argent et de postes (même si c’est important), mais d’abord de dire si l’on veut garantir la même éducation de base (scolarité obligatoire) aux enfants de familles socialement modestes comme aux enfants des classes supérieures et moyennes, ou si l’on se contente d’aménager quelques couloirs de réussite aux élèves pauvres “méritants” sans modifier l’équilibre général d’un système extrêmement inégalitaire. Il faut choisir entre le modèle concurrentiel de l’égalité des chances (où il ne s’agit que de réduire certains handicaps de départ) et celui de l’égalité des droits (où l’on exige que tout le monde réussisse à la fin).
Or, même si je crois que l’identification d’un projet politique à une classe sociale est une erreur, un parti de gauche ne peut faire l’économie de dire pour qui il veut gouverner en priorité (ce qui ne veut pas dire exclusivement) et, à partir de là , mettre en avant quelques mesures phares qui explicitent cette orientation.
Quelques seulement, car il ne faut pas semer d’illusions : on ne peut pas changer une société brutalement et dans tous ses aspects. Dire qu’avec nous tout va changer, c’est le plus sûr moyen pour ne s’engager concrètement sur rien !
Gouverner c’est arbitrer entre des intérêts contradictoire et choisir des utilisations possibles de ressources qui ne sont jamais illimitées. Cette dimension est essentielle pour une gauche réformiste, qui se définit par ce qu’elle peut faire, et c’est toute la différence avec une gauche “radicale” qui ne pose pas au cÅ“ur de son projet la question du “pouvoir” mais du “vouloir”. Mais à trop vouloir être réaliste, on peut perdre progressivement sa capacité de transformation sociale. La grande faiblesse de la gauche mitterrandienne a été d’avoir abondamment pensé la conquête du pouvoir et jamais celle de son exercice. Lionel Jospin, en son temps, avait pointé ce problème : on est donc en droit d’attendre qu’il y réponde !
Ceci pose aussi la question des institutions et du parti politique. Le PS a gravement dérivé vers une logique de type “cinquième république”, à l’heure même où cette dernière est à bout de souffle.
L’idée que le surgissement d’un “leader” pourrait résoudre les problèmes qu’on a pas été capable d’affronter collectivement est tenace. Elle repose à la fois sur la nostalgie des années Mitterrand, mais aussi sur la fugace réussite de Sarkozy au printemps dernier voire celle de l’investiture de Ségolène Royal. A chaque fois le résultat est le même et le rêve se brise sur les arêtes de la réalité. Il faut en tirer les leçons : ce n’est pas en remettant son destin entre les mains d’un homme ou d’une femme qu’on peut trouver des solutions quand on est en panne de projet politique.
De même que je ne pense pas que le modèle républicain qui a de l’avenir est celui de la cinquième république, avec cette sorte de monarque omniprésent mais impuissant sur l’essentiel, je ne pense pas que le problème essentiel du PS soit un problème de “leadership”.
Le “leader”, quel qu’il soit, c’est celui qui exprime et met en musique un mouvement de fond, mais il ne peut s’y substituer par son seul charisme supposé.
En revanche, comment ne pas voir que la composition du PS, qui est de plus en plus un parti d’élus, pose un problème majeur qui devient une question politique en soi ? Aujourd’hui en effet, dans un nombre énorme de sections et de fédérations, la vie du PS repose exclusivement sur des élus, des plus grands (députés, sénateurs, conseillers généraux et régionaux, maires de grandes villes) aux plus modestes (maires-adjoints, conseillers municipaux, etc.). Si l’on y ajoute tous ceux qui sont professionnellement dépendant de ces élus (des assistants parlementaires aux directeurs de cabinet en passant pas les permanents d’associations liées aux collectivités territoriales), on comprend facilement que dans certaines réunions, les militants “lambdas” sont en minorité… et jamais derrière la tribune !
Or, ces élus et leurs collaborateurs, qui sont donc permanents de la politique, détiennent non seulement la notoriété publique, mais aussi l’expertise (acquise dans leurs fonctions), les moyens (temps, locaux, courriers, déplacements…) et l’influence.
En outre, avec le cumul des mandats particulièrement développé en France, ce poids est encore concentré autour de quelques personnalités.
Difficile de faire vivre un Parti dans cette situation, quand tous les centres de gravité sont déplacés vers des assemblées parlementaires et territoriales ! Il ne reste plus actuellement, au PS, que la fonction d’arbitrer entre des candidats à la candidatures…quand on veut bien encore lui laisser ce choix. En effet, les voix se multiplient pour invoquer le recours à des primaires ouvertes à l’américaine ou à l’italienne. C’est la “nouvelle star” version politique. On a vu ce que ça a donné au PS cet automne : la grande majorité des adhérents à 20 euros venus pour plébisciter S. Royal sont repartis aussitôt, pour la bonne raison qu’ils avaient bien compris qu’ils avaient remplis là leur rôle essentiel. Pierre Kanuty pointe d’ailleurs toute la complexité du problème.
C’est pourquoi si le Parti ne reconquiert pas, au moins, ce rôle de “lieu de débat” à l’écart de la gestion au jour le jour, il n’a plus grand sens, sauf à occuper le temps de quelques retraités et de futurs candidats (encore que la plupart des candidats se recrutent maintenant… dans le vivier des collaborateurs des élus en place !).
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mai 11th, 2008 at 10:11
Accompagné de Christine Lagarde, de Luc Chatel et d’Hervé Novell, Sarko visitera l’usine Yoplait d’Estressin puis ira à la salle des fêtes, place Miremont, où il est attendu à 11 heures. Soyons là !
Nicolas Sarkozy se rendra à Vienne, pour visiter l’usine Yoplait (située dans le quartier d’Estressin) pourrait être l’un des sites retenus à Vienne. Selon le dauphiné : ” Le chef de l’État, en plus de ses visites sur le terrain, serait ainsi amené à rencontrer des chefs d’entreprises locales issus du commerce et de l’artisanat. (…) (….) On sait toutefois qu’outre Christine Lagarde, trois autres ministres, dont Luc Chatel (secrétaire d’État à l’Industrie et à la Consommation, porte-parole du gouvernement) et Hervé Novelli (secrétaire d’État au Commerce, à l’Artisanat, aux Petites et Moyennes Entreprises, au Tourisme et aux Services), devraient être présents. À Vienne, l’ancien maire de Neuilly retrouvera Jacques Remiller. Le député-maire de Vienne avait été l’un des premiers parlementaires UDF à rallier les rangs de l’UMP, en 2002. (…).”
Thierry Kovacs, l’adjoint au maire, a invité les sympathisants à venir acclamer Sarkozy à la salle des fêtes, place Miremont, à 11 heures. Les partis politiques, du PS à la gauche, ont d’ores et déjà prévu de se mobiliser.
Un train part de la Part Dieu mardi à 10h25 et arrive à 10h43 à Vienne.